DÉTAILS DE L’ORDINAIRE
Cette année ainsi que la précédente ont été ponctuées par plusieurs fermetures et réouvertures des espaces culturels pouvant être perçues comme de véritables mises en isolement de sources d’inspiration pour un grand nombre d’acteur.trice.s culturel.le.s. Alors qu’on demandait aux artistes de profiter de ce temps de confinement pour créer, ceux et celles-ci se sentaient parfois complètement sevré.e.s de nourriture intellectuelle et émotionnelle nécessaire à la création. Pourtant, s’il y a une artiste pour qui cette période de confinement n’a que peu bouleversé le travail, c’est bien Céline Salamin.
Céline Salamin travaille dans son atelier situé au sein même de sa maison à Sierre – pratique en plein confinement ! Elle jongle donc entre toute l’attention qu’elle porte aux membres de sa famille et son travail d’artiste peintre. Les sujets de ses œuvres, Céline les trouve dans son quotidien : agrumes, tubercules et autres fruits et légumes ; coquilles d’œufs ; fleurs du jardin et alentours. Elle les sort de leur contexte familier, les amène dans son atelier, les met en lumière et commence son travail de peinture par leur observation. En mélangeant ses deux mondes, Céline crée des compositions comme des natures mortes classiques ; sauf qu’ici, tout rapport hiérarchique entre les éléments est oublié. Un citron qui aurait trop attendu devient sujet de peinture tout comme les œufs au plat du brunch dominical : le prosaïque se peint, s’encadre et s’expose !
Entremêler ces deux mondes procure aux œuvres de Céline Salamin un décalage ; une pointe d’humour que l’artiste aborde avec un sourire en coin. Cela la « fait marrer » de peindre à l’huile sur une toile cirée. Permettant de ne pas abîmer une belle table en bois massif, facilement nettoyée et arborant la plupart du temps des motifs très kitsch, la toile cirée peut être perçue comme le symbole de l’outil pratique de la maison. Céline joue avec ce support et en fait la toile de fond de certains de ses tableaux. Dans Nature morte aux pissenlits, les boules blanches des pissenlits se fondent avec les points blancs de la toile cirée et par endroits se confondent même.
Le support n’est donc pas laissé au hasard dans les œuvres de Céline Salamin, l’encadrement non plus. L’artiste chine les cardes le plus souvent et les choisit toujours pour leur beauté et leur forme. Certains restent dans l’attente d’une œuvre pendant quelque temps jusqu’à ce que Céline trouve le sujet parfait pouvant s’y adapter. Ainsi, dans Nature morte à la pomme moisie, la pomme rentre parfaitement dans le cadre : le sujet se fond dans la forme. C’est également le cas de Nature morte aux deux pommes de terre. Parfois, le cadre joue un rôle important pour rendre le sujet ordinaire et familier plus noble. C’est le cas de Nature morte aux deux œufs au plat où des œufs au plat peints avec un réalisme précis sont assortis d’un cadre baroque doré. Les détails de l’ordinaire regroupent aussi des sujets à des stades avancés de leur vie. Les fruits et les légumes sont alors peints avec leur pourriture comme c’est le cas dans l’œuvre Nature morte aux Penicilium italicum sur deux mandarines. Accompagnée par un microbiologiste, Céline Salamin a tenté de déterminer les noms précis des espèces de ces pourritures. Malheureusement, il est parfois trop complexe de les déterminer. Représenter ces aliments qui se détériorent est-ce une manière pour Céline de symboliser la fuite du temps et les peurs que celle-ci peut cristalliser ? Céline ne me répondra intimement à cette question mais me mettra sur la piste des vanités, représentations allégoriques du temps qui passe, de la mort et de la brièveté de la vie humaine. Il est certain que ces traces du temps représentent de réels memento mori modernes sur des éléments familiers et habituels.
En travaillant les champignons de pourriture qui se trouvent sur les aliments, Céline a découvert leurs formes et leurs couleurs. Sa démarche artistique se développe jusqu’à les abstraire de leurs sujets et en faire une thématique à part entière de l’exposition. Ainsi, dans Nature morte au yogourt bleu moisi, ce sont des textures proches d’un milieu aquatique que nous pensons observer. Et n’est-ce pas encore un peu d’humour que l’on peut déceler dans Nature morte de Penicillium aux angelots ? Car si l’on peut de prime abord penser que ces deux petits angelots gardent et protègent des cieux divins, il n’en est rien : il s’agit bien de moisi, protégé de part et d’autre par deux petits anges !
Finalement, en illustrant les choses de la vie, simples et habituelles, Céline Salamin nous interroge sur la vie des choses qui nous entourent.
Lucile Airiau Muséologue Chargée de projets culturels Mai 2021
Céline Salamin travaille dans son atelier situé au sein même de sa maison à Sierre – pratique en plein confinement ! Elle jongle donc entre toute l’attention qu’elle porte aux membres de sa famille et son travail d’artiste peintre. Les sujets de ses œuvres, Céline les trouve dans son quotidien : agrumes, tubercules et autres fruits et légumes ; coquilles d’œufs ; fleurs du jardin et alentours. Elle les sort de leur contexte familier, les amène dans son atelier, les met en lumière et commence son travail de peinture par leur observation. En mélangeant ses deux mondes, Céline crée des compositions comme des natures mortes classiques ; sauf qu’ici, tout rapport hiérarchique entre les éléments est oublié. Un citron qui aurait trop attendu devient sujet de peinture tout comme les œufs au plat du brunch dominical : le prosaïque se peint, s’encadre et s’expose !
Entremêler ces deux mondes procure aux œuvres de Céline Salamin un décalage ; une pointe d’humour que l’artiste aborde avec un sourire en coin. Cela la « fait marrer » de peindre à l’huile sur une toile cirée. Permettant de ne pas abîmer une belle table en bois massif, facilement nettoyée et arborant la plupart du temps des motifs très kitsch, la toile cirée peut être perçue comme le symbole de l’outil pratique de la maison. Céline joue avec ce support et en fait la toile de fond de certains de ses tableaux. Dans Nature morte aux pissenlits, les boules blanches des pissenlits se fondent avec les points blancs de la toile cirée et par endroits se confondent même.
Le support n’est donc pas laissé au hasard dans les œuvres de Céline Salamin, l’encadrement non plus. L’artiste chine les cardes le plus souvent et les choisit toujours pour leur beauté et leur forme. Certains restent dans l’attente d’une œuvre pendant quelque temps jusqu’à ce que Céline trouve le sujet parfait pouvant s’y adapter. Ainsi, dans Nature morte à la pomme moisie, la pomme rentre parfaitement dans le cadre : le sujet se fond dans la forme. C’est également le cas de Nature morte aux deux pommes de terre. Parfois, le cadre joue un rôle important pour rendre le sujet ordinaire et familier plus noble. C’est le cas de Nature morte aux deux œufs au plat où des œufs au plat peints avec un réalisme précis sont assortis d’un cadre baroque doré. Les détails de l’ordinaire regroupent aussi des sujets à des stades avancés de leur vie. Les fruits et les légumes sont alors peints avec leur pourriture comme c’est le cas dans l’œuvre Nature morte aux Penicilium italicum sur deux mandarines. Accompagnée par un microbiologiste, Céline Salamin a tenté de déterminer les noms précis des espèces de ces pourritures. Malheureusement, il est parfois trop complexe de les déterminer. Représenter ces aliments qui se détériorent est-ce une manière pour Céline de symboliser la fuite du temps et les peurs que celle-ci peut cristalliser ? Céline ne me répondra intimement à cette question mais me mettra sur la piste des vanités, représentations allégoriques du temps qui passe, de la mort et de la brièveté de la vie humaine. Il est certain que ces traces du temps représentent de réels memento mori modernes sur des éléments familiers et habituels.
En travaillant les champignons de pourriture qui se trouvent sur les aliments, Céline a découvert leurs formes et leurs couleurs. Sa démarche artistique se développe jusqu’à les abstraire de leurs sujets et en faire une thématique à part entière de l’exposition. Ainsi, dans Nature morte au yogourt bleu moisi, ce sont des textures proches d’un milieu aquatique que nous pensons observer. Et n’est-ce pas encore un peu d’humour que l’on peut déceler dans Nature morte de Penicillium aux angelots ? Car si l’on peut de prime abord penser que ces deux petits angelots gardent et protègent des cieux divins, il n’en est rien : il s’agit bien de moisi, protégé de part et d’autre par deux petits anges !
Finalement, en illustrant les choses de la vie, simples et habituelles, Céline Salamin nous interroge sur la vie des choses qui nous entourent.
Lucile Airiau Muséologue Chargée de projets culturels Mai 2021